5.25.2015

La conversation


-Salut, comment vas-tu? Ça fait longtemps.

-Salut, je sais. Ça a été compliqué récemment. C’est pour ça que j’ai pas passé te voir avant. Toi, ça va?

-Ben tu sais...le même. Il y a des journées plus longues que d’autres, plus chiantes.

-Pourquoi tu crois que ç’arrive?

-Je ne sais pas. Je pourrais donner des milliers d’explications mais ça sert à rien. Si l’on savait nous ne serions pas si confus tout le temps, haha.

-T’as raison. Tu dessines toujours?

-Oui! Maintenant plus que jamais. Pour quelque raison tout me semble une photographie que je dois prendre, avec mes mains. Mais cela n’empêche pas l’ennui. Et comment ça va le travail?

-J’ai démissionné…

-Pourquoi?!

-C’est une longue histoire. L’important c’est que j’ai plus de temps pour moi et ma copine, pour penser aussi.

-C’est vrai. Comment va-t-elle?

Il prit du temps pour y répondre et finalement dit

-Très bien. Je la vois plus tranquille, plus que d’autres fois.

-C’est bien! Ça me fait plaisir! Dis-moi, tu es venu pourquoi?

-Putain de merde! Est-ce que j’peux pas venir juste pour dire bonjour?!

-Bien sûr! Mais franchement je ne t’ai pas vu depuis longtemps, c’est pour ça que je demande. Y a-t-il quelque chose qui te gêne?

-C’est justement pour ça que j’étais pas venu! Tu crois tout savoir, même si…

-D'accord, je suis très désolé. Je m’excuse.

Maintenant il n’y avait que du calme dans cette chambre. Les deux partagèrent un silence honteux mais toujours tendu.

-J’sais pas...je sens que tout s’taille. Y’a quelque chose qui me gêne et franchement je sais pas quoi faire, c’est comme si je savais plus où aller.

-Qu’est-ce que tu veux dire?

-Un jour je m’suis énervé et me suis rappelé de toi.

-Haha, merci. Ça me fait plaisir d’être dans tes pensées, même comme ça.

-Mon patron m’avait promis une promotion si j’travaillais plus dur. Et donc, je l’ai fait. Tu sais pas, j’ai travaillé comme un malade! Faire plus d’appels, plus de commande débiles. Et j’ai vraiment cru que je l’aurais, vraiment.

-Et alors?

-Un mois après son neveu a commencé travailler là.

-Je suis désolé…

-Non! Moi, j’suis désolé! Je m’suis tué au travail et pour rien! Et tu sais c’que mon connard de patron m’a dit après?!

-Quoi?

-”Je suis désolé, Armando. Tu es très fort, mais la famille d’abord”

-Salaud!

-J’suis sorti super fâché du bureau et me suis retrouvé dans un bar. Une demie heure après j’savais plus ce que j’buvais.

-Écoute, c’est bien de se détendre, mais ce n’est pas la meilleure…

-Encore une fois! Tu vois?! Tu me donnes toujours des conseils, comme si t’étais mieux que moi, comme le neveu!

-Je m’excuse, je ne le ferai plus. Continue s’il te plaît.

-J’suis rentré chez moi, elle était super vénère. On s’est disputés. Elle m’a même pas laissé lui expliquer pourquoi j’étais bourré.

-Et après?

-J’suis sorti encore une fois. Le bureau était toujours ouvert…

-Tu es allé démissionner.

-J’savais pas ce que j’allais faire. J’avais juste envie de marcher et tout oublier mais je m’y suis retrouvé.

Les deux levèrent les mains pour nettoyer leurs lunettes.

-Tu as du sang partout aux mains!

-C’était déjà tard, y’avait que le connard de mon patron et son putain de neveu. J’ai pensé à lui dire quelque chose pour qu’il se sente comme la merde qu’il est. Mais j’ai pas pu trouvé les paroles dans ma tête, c’était plus facile de trouver le couteau.

-Qu’est-ce que tu as fait!

-Haha. J’sais même pas pourquoi il y avait un couteau dans mon bureau. J’crois qu’il attendait le moment précis, le moment où il deviendrait un complice. C’était si facile! J’avais aucune idée que tuer était si simple!

-Pourquoi tu as fait ça?!

-Et quand j’suis rentré à la maison j’ai cru qu’elle allait me comprendre, me réconforter. Mais non! Elle m’a regardé avec de l’horreur, comme si j’étais un monstre, comme si elle était mieux que moi, comme le putain de neveu! J’ai dû…

-Non! Pourquoi?! Nous l’aimions!

-Elle était pas la même.

-Non! Tu n’es plus le même!


Il remit ses lunettes avec ses mains baignées de sang. Les deux se regardèrent fixement à travers le reflet. Il éteignit la lumière et il sortit de la salle de bain.